Janvier 2019
En sortant de la station de métro de la Montagne de l’Est (Higashiyama), nous nous réjouissons déjà à l’idée de retrouver le petit canal bordé de cerisiers qui va nous mener au temple Heian Jingu, haut lieu de dévotion shinto en ce premier jour de l’an. En chemin nous remarquons les décorations des portes de maison, des arrangements à base de branches de pins (pour la longévité), de tiges de bambou (pour la santé), de pailles de riz ou parfois d’orange (pour la prospérité). Finalement les vœux du Nouvel An ne varient guère d’une culture à l’autre !
Le temple se signale par un grand « Torii » vermillon débouchant sur une allée bordée de stands de nourriture fleurant les épices et la friture, où s’agglutinent les familles de pèlerins réunis en ce jour de fête. En suivant le mouvement de la foule, nous pénétrons dans le sanctuaire et atterrissons sur une vaste esplanade de gravier qui devient notre poste d’observation pour décrypter les différentes étapes du rituel.
Cela commence par une longue queue avant de pouvoir claquer des mains et s’incliner respectueusement devant la divinité du lieu. Leur dévotion accomplie, les gens, en agitant un grand cylindre, font surgir une baguette de bois dont le numéro permet de retirer, auprès des moines, un document censé donner la teinte de l’année à venir.
La lecture du présage, exécutée parfois en groupe, provoque des commentaires abondants ou même des fou-rires. La mine grave de certains semble suggérer quelque prédiction défavorable. Mais, en ce jour de fête, rien n’est vraiment perdu, puisqu’en nouant son papier à des fils ou à des branches, on peut encore conjurer le sort. Ainsi, l’ambiance est festive : les cris des enfants qui jouent et les sons des bavardages joyeux se mêlent aux claquements sonores des fidèles et aux froissements des robes des moines. Nous reprenons nos esprits en nous promenant le long des étangs parsemant le jardin qui entoure le temple.
Un peu plus loin, nous gravissons les volées de marches menant à l’imposant temple bouddhiste Chion-in où, en contraste, règne un silence impressionnant dans des salles immenses baignées de nuages d’encens enveloppant le recueillement des croyants.
Nous redescendons la colline et avalons un paquet de châtaignes géantes avant de poursuivre notre chemin vers le temple shinto Yasaka où nous prenons le temps de nous perdre dans sa vaste kermesse et d’observer des enfants jouer à la pêche miraculeuse.
Finalement, nous prenons la direction de l’hôtel en empruntant un dédale de ruelles où nous nous égarons un peu et finissons par rencontrer une dame qui, d’un signe de la main, nous invite à la suivre. Elle nous conduit à un petit sanctuaire, le Zenkyoan, dédié au sanglier et censé favoriser la guérison des maux de dos, et ainsi particulièrement fréquenté en cette année du cochon. En plus des dévotions habituelles, des gens caressent une statue de l’animal d’une main en se frottant le dos de l’autre. Leur concentration, leur espérance nous émeuvent.
De retour à l’hôtel, nous fêtons notre jour de l’an avec un plat de spaghettis à la bolognaise qui nous comble.